Expo WANI à la Fondation d’entreprise Ricard : une esthétique de l’étrange et de l’incongru !

Farida Le Suavé, Contraire du solide, 2005

Non, ce n’est pas le nom d’un artiste, ni celui d’un mouvement. Alors, n’est-ce pas un concept marketing, inventé pour aiguiser l’appétit des amateurs d’art avides de nouveautés ? Concrètement, c’est une proposition d‘exposition des critiques d’art Paul Ardenne et Marie Maertens à la Fondation d’entreprise Ricard.  Je n’ai vraiment pas aimé les oeuvres en céramique de Farida Le Suavé, Contraire du solide ; Vous ne trouvez pas ça très moche ? Résistant à l’identification, paradoxales, comme dégonfflées, posées sur des ready made de tabouret en bois ou  de pouf tapissé de toile à matelas, elles sont peut-être là uniquement pour susciter le dégoût et le rejet ! Je ne vois pas leur intérêt esthétique ou intellectuel. C’est incongru, monstrueux !

En revanche, regardez les oeuvres de Vincent Kohler, Roots ! Cinq petites sculptures différentes sont acrochées au mur : doubles simulacres ! Je crois d’abord  apercevoir des bois flottés aux formes étranges, récupérés sur une plage, ou des racines ; le premier ressemble à un petit chien, le deuxième à un gros insecte effrayant. He bien non, ce sont des artéfacts,  petites sculptures en céramiques, fabrication extrêmement sofistiquée. C’est bluffant !

V. Kohler, Roots, 2010

Vincent Kohler, Roots, 2010

 

Camille Henrot, Objets augmentés (Tabouret de bureau, lampe de bureau), 2010

 

 

 

 

 

Tous proches, les Objets augmentés de Camille Henrot sont  écoeurants.  L’artiste extrait des pièces de mobilier de notre quotidien,  les recouvre de terre et les enduit manuellement de goudron. Franchement, ces oeuvres me mettent mal à l’aise. Je m’interdis de leur chercher une signification, puisque les oeuvres d’art « Wani », « ostensiblement, ne signigfient rien », écrit Paul Ardenne. Pourtant, les commissaires de l’exposition, eux-même, évoquent une « archéologie du futur« , interprétation qui me touche.

Laurent Tixador, Chasse à l’homme, 2011

Pour finir, interessons nous au performeur, Laurent Tixador, un des artistes les plus extrêmes exposés à la Fondation d’Entreprise Ricard. L’oeuvre en bois rappelant un massacre, qui expose en trophée non pas la tête mais les traces de pas du gibier, est moins impressionnante que la performance elle-même. Pour « Wani », l’artiste organise sa propre chasse à l’homme : Sur le réseau social Facebook, ils annonce à ses « amis » sa décision de se rendre à la Fondation Ricard pour le vernissage Wani, et les met au défi de le repérer durant son périple depuis Nantes, où il réside, jusqu’à la rue Boissy d’Anglas, lieu de l’exposition. Il promet une récompense de 1000 euros à qui le repérera le premier. S’il est pris, il n’apparaîtra pas au vernissage. Il ne s’est pas fait prendre et a pu être présent. C’est, en effet une performance ! Absurde !

Au fur et à mesure de la visite, il se dégage pourtant une certaine magie de cette exposition collective qui me laisse perplèxe. Les pièces présentées sous le terme WANI, contraction orale de OANIObjet  Artistique Non Identifié, ou bien Oeuvre d’Art Non Identifiable - semblent  échapper à toute récupération. Beaucoup. Après le 21 mai, nous ne pourrons plus voir ensemble, mais leur créateurs ont tous une galerie. Finalement, cette exposition est une bonne illustration du post-modernisme par sa richesse plastique protéiforme et hybride

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Jean-Michel Othoniel au Centre Pompidou : Je reste sceptique !

Le Kiosque des noctambules, 2000

Le rigolo baldaquin orné de perles de métal et de verre   à la station de métro Palais-Royal à Paris, c’est de lui. Ce montage de verroterie est très décoratif, mais féérique ???? Plutôt mièvre.  La rétrospective de Jean-Michel Othoniel au Centre Pompidou m’a laissée froide. J’ai beau relire les analyses de la commissaire, Catherine Grenier  - Beaux Arts Magazine n° 321 -, je ne ressens pas la dimension votive, religieuse et sacrée des oeuvres. D’après la critique, Natacha Wolinski, l’artiste métamorphose son deuil et ses blessures en perles de verre colorées, lumineuses et fragiles, enfilées en colliers et en bannières….
 

Le Bateau de larmes, 2004

 Comme Lunettes Rouges, j’ai été choquée par Le Bateau de larmes, 2004. Pour moi, cette oeuvre est insultante pour les boatpeople qui se sont noyés, si proches des côtes de la Floride, en espérant fuir la misère. Comment Othoniel peut-il récupérer cette pauvre coque de bois échouée et l’enguirlander de perles ?! Ha, j’oubliais, celà doit faire allusion à la « résurrection » de ces malheureux !!!!

L'Anus vert, 1992

  Quant à L’Anus vert, 1992, vous ne trouvez pas qu’ on se moque de nous ?! Certes, l’astucieux jeu de miroirs révèle l’anatomie interne de cette sculpture de soufre, orifice traité en bijou de jade ! Faut-il s’extasier ? ou éclater de rire ?! Finalement j’ai bien aimé les titres. Savoureux, comme Post-tits, 1995 – des mamelons roses peints sur des post-it jaunes – ou  L’âme moulée au cul, 1989. Un vrai festival langagier, cru ! J-M. Othoniel est un véritable orfèvre des mots. Je suis étonnée que personne, à ma connaissance, ne l’ai remarqué. Comment Catherine Grenier peut-elle tenir un discours aussi sérieux, voire attristé, et oculter la drôlerie des titres ? L’artiste ne fait-il pas de l’humour érotique ? Ou alors, je n’ai rien compris. Il se prend très au sérieux. Jugez par vous-même et écoutez le commentaire de Mon Lit, 2003, par Jean-Michel Othoniel  . Il a l’air d’y croire ! Pour moi, c’est de la pure dérision ! Que gardera l’histoire de l’art ? À moins de ressusciter - en sculpture de verroteries » à la Othoniel », bien sûr -, je n’en saurai rien, mais je doute.

Bon, si vous allez voir l’expo François Morellet, en redescendant, visitez ce phénomène, et dites-moi ce que vous en pensez !  jusqu’au 21 mai 2011.

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MAC Lyon : Photos de la performance de Nikhil Chopra

Nikhil Chopra, Lyon, Musée d'Art Contemporain, 14 avril 2011

Merci au MAC Lyon d’avoir mis sur son site les photos de la performance de Nikhil Chopra du 14 avril 2011. Ainsi je peux compléter mon billet http://www.delairedanslart.fr/art-contemporain/performance-de-lindien-nikhil-chopra-au-mac-lyon-long-long/

Cliquez sur le lien et regardez  Nikhil  !

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Réinstallations de François Morellet au Centre Pompidou : Quand géométrie et hasard riment avec humour et poésie !

Néons by accident, 2003

  Je ne comprends pas la réprobation du blogueur Osskoor et admire, au contraire, Alfred Pacquement et Serge Lemoine d’avoir su garder dans l’expo du Centre Pompidou la légèreté, l’humour et la poésie  des réinstallations de François Morellet, 85 printemps ! En s’adaptant aux contraintes du lieu, l’artiste réactive des installations  datant des années soixante à nos jours. Dans la pratique de cette abstraction géométrique à partir de matériaux empruntés aux BTP et à la publicité, les néons colorés, le plasticien tient ses affects à distance et crée des oeuvres vides de tout message. Padoxalement ( ?), elles    

Pi Rococo n° 22, 1 = 10°, 1997-2008

éveillent  les émotions du spectateur ! – en tous cas les miennes -Peut-être à cause du halo baignant les arcs en tubes de néon et se reflétant au sol ? Regardez cette suite de boucles bleues qui évolue en descendant et en se contractant ! ça ne vous rappelle pas vos petits dessins tracés en écoutant le prof d’une oreille distraite, ou en apprenant sérieusement vos leçons ? François Morellet invente des systèmes absurdement logiques, qui ne servent à rien, mais qui râvissent le regard et l’âme ! Interrogé par Emmanuelle Lequeux poour Beaux Arts Magazine n° 322 d’avril, François Morellet reste modeste  »Moi je trouvais que le néon faisait un grand spectacle chic et pas cher. »

 Mais la poésie et la beauté n’excluent pas l’humour et la provocation : La Joconde déformée de 1964 a été réinstallée. Le chef d’oeuvre de Leonard de Vinci est imprimé sur un drap agité par un courant d’air. Résultat : Elle est encore plus « moche » qu’au Louvre, et tellement drôle ! Elle ne cesse de « grimacer » !

Je vous recommande Reflets dans l’eau déformés par le spectateur de 1964. on peut créer « ses propres Morellet » et prendre des photos ! Quand l’art se démocratise ! En actionnant un levier, on fait naître des rides à la surface de l’eau, dans un bassin carré ; une grille constituée de trois lignes verticales et trois lignes horizontales en néon, fixée au plafond, se reflète en formes changeantes. Voilà ce que j’ai fait : 

Reflets dans l’eau déformés par F. Delaire, avril 2011, grâce au dispositif de F. Morellet

F. Delaire d'après le dispositif de F. Morellet, avril 2011

 

                                                                                                                                                  
Picasso défiguré (Les Demoiselles d’Avignon), 2011

  J’ai encore bien ri au spectacle de Picasso défiguré (Les Demoiselles d’Avignon) de 2011.  L’artiste  s’amuse à désacraliser les chef d’oeuvres, du XXème, comme du XVIème siècle. En comparant avec la reproduction du tableau de 1907, on reconnaît chaque personnage debout réduit à la forme d’un rectangle. Finalement, une  réinterprétation juste un peu radicale de l’oeuvre fondatrice du cubisme !

 En revanche, je n’ai pas compris ni apprécié Papier 2,5° – 92,5°, trou (carré) 0°- 90° de 1982. Heureusement, Lunettes Rouges l’a bien expliqué ! Ne manquez pas cette exposition d’art contemporain, rafraîchissante et amusante, visible jusqu’au 4 juillet 2011. N’oubliez pas, l’art de l’installation est éphémère 

En plus, François Morellet a l’infinie délicatesse de nous laisser libres : « L’art commence tout simplement quand un spectateur décrète que cela en est ; quand on est seul à créer, ce n’est pas encore de l’art. »Cette phrase en satisfera plus d’un parmi ceux qui se sentent exclus de l’art contemporain !  

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Performance de l’Indien Nikhil Chopra au MAC Lyon : long ! long !

  

Nikhil Chopra, Yog Raj Chitrakar : memory drowing V, 2008

Jeudi 14 avril à 18 heures, j’arrive seule au Musée d’Art Contemporain, me demandant bien ce qui m’attend ; heureusement, je n’ai proposé à personne de m’accompagner ! A la caisse, le jeune homme me dit : « ça a déjà commencé. » Alors, je me précipite au deuxième étage, regrettant déjà d’avoir manqué quelque chose. Nikhil Chopra a déjà commencé à dormir dans un décor proche de celui de la Serpentine Galerie à Londres – où il a déjà performé  du 10 au 12 décembre 2008 -Sur chaque mur de la salle, une immense toile est punaisée ; un paysage y est  dessiné à grande échelle, très soigné. A Lyon l’artiste a gardé la représentation du Port d’Oslo que vous apercevez à gauche ; sur une autre cloison, une villa britannique et son jardin sont dessinés, puis, sur la troisième, le lac de Palabru en Ysère. La confrontation de ces lieux, très différents, est déconcertante, mais la finesse du trait, la monochromie harmonisent l’ensemble. Nikhil Chopra dort dans la rue, ou dans une sorte de camping rustique ; peut-être en Inde, contrairement aux destinations suggérées sur les murs  ! Au sol, des gamelles, des coffres, des vêtements sont dispersés. Il dort encore, étalé à même le sol, vêtu d’une chemise large et d’un pantalon traditionnel indien ; ça n’en finit pas… Puis il s’éveille, s’étire, s’assied derrière la table, applique de la mousse sur son visage avec un blaireau, se rase lentement…. ça dure un temps fou ! Impatiente, je vais revoir d’autres oeuvres ; quand je reviens, il a presque achevé le rasage et se lave la figure, puis il se maquille interminablement, enduit sont visage de blanc – référence au type humain occidental -, surligne son regard d’un trait noir, met du mascara sur ses cils, du rouge à lèvre. Alors, il enlève lentement sa chemise - de nuit – et se lave la poitrine.

 N’ayant pas pris de photo  car un photographe professionnel était présent, je vous présente Nikhil Chopra sur la vidéo d’une autre performance qui a eu lieu au MCA de Chicago    Il est beau, il le sait. Il s’exhibe. Ne se prend-il pas lui même pour une oeuvre d’art ?

 Il met une chemise vert pâle au col et aux manchettes amidonnées, la boutonne lentement, puis enlève son pantalon traditionnel, enfile une pantalon de lainage très british et ajuste les bretelles. Il retire ses vieilles schaussures et met des bottes de cuir, endosse une redingottenoue un foulard façon Lavalière autour de son cou… C’est interminable ! les quelques spectateurs vont et viennent, comme moi. Puis il ajuste une perruque - raie au milieu, petit chignon sur la nuque – et pose un chapeau haut de forme sur sa tête. Il est méconnaissable !  Il se tient au garde-à-vous, sort lentement de la salle et revient quelques temps après pour se faire applaudir. Il est 19 heures 30.

Il faut encore attendre jusqu’à 20 heures la conférence de l’artiste et du commissaire  Gunnar B. Kvaran pour avoir des explications. Dommage, je ne peux pas rester. Toute personne pouvant me transmettre un petit compte-rendu de la conf. est bienvenue ! quelle est la signification de cet enchaînement de  gestes quotidiens, étiré dans le temps, transformé en rituel ? La lenteur des gestes fait-elle référence à la longue colonisation de l’Inde par les Britaniques  ? L‘Inde est à présent dans une ère post-colonniale où traditions indienne et britannique ont marqué la société.

J’apprécie le talent de dessinateur, de comédien et de mime de Nikhil Chopra. Le but de sa performance est sûrement de nous déranger. Comme trop souvent dans l’art contemporain le discours de l’artiste est nécessaire pour nous convaincre de l’intérêt de l’oeuvre.

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Expo INDIAN HIGHWAY VI au MAC, Lyon : Grande qualité des oeuvres, belle présentation !

Thukral & Tagra, Put it on (détail), 2011

  Je connaissais  Subodh Gupta, dont les oeuvres sont souvent présentées en France, par exemple au Jardin des Tuileries pendant  la FIAC 2010. Là j’ai découvert avec curiosité et plaisir 30 jeunes artistes indiens. Regardez ! Dès le hall du Musée d’Art Contemporain, on est accueilli par cet amusant papier peint de Thukral & Tagra. Chaque rose dissimule une saynette érotique différente. Je distingue une jambe nue de femme et une jambe d’homme en collant bleu, chaussée d’une botte rouge. Ce doit être Superman - il n’y a que lui pour s’habiller ainsi -, héros américain, très moral, mais peu sensuel. Clin d’oeil humoristique ?! Dans l’exposition on retrouve le même papier, couvrant les murs d’une chambre à coucher ; le lit est voilé de tulle blanc, des vêtements masculins et féminins sont accrochés à des patères, un tableau présente des divinités indiennes et le mode d’emploi illustré du préservatif ; au pied du lit attendent des tongs sur lesquelles  un préservatif est imprimé. L’installation fait référence à la religion indouiste, au mariage à l’occidentale, au sexe, au problème mondial du Sida. Le collectif d’artistes montre l’occidentalisation de la société indienne, les conséquences de la globalisation.. 

 Excepté cette idée générale, je me  demande quel est le fil conducteur de cette exposition, un peu catalogue, sans thématique déterminée. Les commissaires invoquent les flux migratoires, les problématiques tradition/modernité, mégalopole/ruralité, la mondialisation…  L’historien de l’art Gwilherm Perthuis, participant à une table ronde critique sur l’expo,   blog Les rendez-vous de la création contemporaine,  m’a fait comprendre ce qui est un peu gênant  :  » L’expo ne révèle pas de particularité indienne« . Même si on remarque des références à la tradition esthétique indienne comme celle de la miniature  pour Come Give Us a Speech de N. S. Harsha, 2008. Parmi la centaine de petits personnages, je reconnais Bill Gate, Ganesh, Gandi, Marcel Duchamp….

Jitish Kallat, Aquasaurus, 2008

 Ne manquez pas les véhicules-squelettes préhistoriques de  Jitish Kallat, présentés devant d’étranges portraits peints à l’acrylique par le même artiste. Dans les chevelures on distingue des paysages urbains ! Au deuxième étage du musée,

Valay Shende, Transit, 2008

 je suis impressionnée par le gigantisme d’une sculpture composée de milliers de pastilles en inox , Transit, de Valay Shende, 2010. C’est un camion à l’échelle 1, transportant au moins vingt personnes  assises sur la plate-forme, des hommes, des femmes, des enfants. Il faut regarder l’interminable vidéo dans les rétroviseurs pour comprendre qu’ils viennent d’un village lointain, très pauvre, pour travailler sur un chantier dans une mégalopole embouteillée.

Pour conclure, c’est une belle expo, très postmoderne !   Dans des salles spacieuses, le MAC propose des oeuvres très variées, plutôt faciles à aborder : peintures, sculptures, installations, performances, techniques mixtes. Itinérante, évolutive, après être passée par Londres, Oslo et Herning au Danemark, Indian Highway version IV s’est enrichie de quelques oeuvres à Lyon . Elle continuera à évoluer après le 31 juillet 2011, en s’installant à Rome, puis Moscou, Hong Kong, Singapour et Sao Polo, pour aboutir à New Delhi. Ceci permet d‘éviter l’autorité unique d’un centre dans la conception d’une exposition. Ainsi, chacun enlève et ajoute quelque chose. Il serait intéressant de voir tous les volets d’Indian Highway, et l’ensemble exposé au terminus. Dommage, ce ne sera pas possible pour moi !

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Venise : Sérénissime ? romantique ?

Vue sur un canal du Cannaregio

  Il faut choisir son quartier si on ne veut pas être déçu. J’ai bien aimé le Cannaregio, légèrement excentré, loin des foules touristiques, habité par les Vénitiens, calme, charmant, reposant. Je vous recommande l’église de la Madonna dell’Orto, élégante dans le style gothique, briques rouges et statues de marbre blanc. En plus on peut se recueillir sur le tombeau du Tintoret et admirer La Présentation de la Vierge au temple. 

 

 

Eglise de la Madonna dell'Orto, Cannaregio

Le Tintoret, La Présentation de la Vierge au temple, XVIème siècle

 
                                                                                                                    
 Le pire à Venise, c’est bien la place San Marco !
 

Franchement, vous trouvez ça beau ? J’admets qu’il faut entretenir les édifices ; mais les immenses bâches publicitaires sont  omniprésentes et gâchent toute l’harmonie de la Piazza ! Je me demande  combien de temps durent les travaux ? Une amie m’a dit que c’était le même spectacle il y a 2 ans. Les pubs ont juste été réactualisées !  

Piazza San Marco

 

Certes, les annonceurs contribuent sûrement  à financer les restaurations ?!  je ne vous montre pas la bâche sans publicité devant un pan de la façade de la Basilique San Marco, ni les palissades entourant le campanile, en travaux également ! Le pompon, c’est de loin le Pont des Soupirs, emballé en bleu par Toyota ! Beaucoup d’Asiatiques prennent des photos ; au premier ou au deuxième degré ??? C’est fou !

Mais si on tourne la tête vers la lagune, 

San Giorgio di Maggiore

vers San Giorgio di Maggiore, alors le spectacle est sublime ! 

J’ai beaucoup apprécié les gondoliers, toujours hilares ! Comment peut-on trouver romantique la promenade en gondole  sur les canaux encombrés ? J’ai même vu des embouteillages de gondoles. en revanche, c’est super de se déplacer en bateau-taxi, Motoscafo

Les gondoliers, place San Marco

Venise est tout de même toujours aussi dépaysante. A ma façon, je suis sous le charme !

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Franz-Xavier Messerschmidt au Louvre : totalement anticonformiste !

F-X Messerschmidt, L'Homme qui baille

  L’exposition  F-X Messerschmidt  au Louvre dure  jusqu’au 25 avril ; si vous ne l’avez pas encore vue, il serait dommage de la manquer. ces sculptures sont rares et la visite, riche en émotions, ne prends pas longtemps. L’écart entre les sculptures officielles, comme le portrait de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, et les « têtes d’expression » est saisissant. Les premières réspectent  les règles du classicisme, les dernières sont absolument anticonformistes !

F-X Messerschmidt, L'impératrice Marie-Thérèse

vous trouverez tout sur l’histoire dramatique de cet artiste de la deuxième moitié du  XVIIIème siècle,  dans l’article de Thomas Schlesser  du  n° 320 de Beaux Arts Magazine : « Son destin chavire en 1774, quand un poste de professeur à L’académie de Vienne lui est refusé ». Il se replie alors sur lui-même, et sculpte ces étonnantes « Têtes d’expression » en faisant des grimaces devant un miroir. Fait rare à cette époque, ces sculptures ne sont pas des commandes mais des oeuvres marginales. Le matériau, un alliage de plomp et d’étain, est déjà peu courant. L’exagération des rictus nous intrigue. Le crâne chauve, le visage imberbe, absolument lisse, contrastent avec le « plissage » paroxystique mimant, une expression, un sentiment ou un charactère. C’est inquiétant ! Contrairement à Lunettes Rouges  je ne trouve pas ces têtes réalistes ; le rictus est le résultat d’un effort de crispation surhumain pour représenter  une émotion ou un caractère. A mon avis, on est plus dans le domaine du simulacre. Au fil de la visite, l »ensemble m’a mis mal à l’aise. A l’instar de Lunettes Rouges, devant L’Homme qui baille je vois  un homme qui hurle de douleur psychique. Les grimaces sculptées semblent l’expression de tourments intenses. Je vous recommande L’homme constipé ; Oui, vous avez bien lu !  He bien, ça n’est même pas drôle ! Heureusement que l’expo est assez courte. S’il y avait des centaines de visages, tous semblables, aux expressions forcées les plus variées, la visite basculerait dans l’horreur : Ce serait un vrai cauchemard !
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Musée Fabre, Montpellier : pour les oeuvres de Pierre Soulages, bien sûr !

collégiens devant le mur de verre de la salle Soulages

Après la fermeture de la grande exposition du Centre Pompidou, en mars 2010, en attendant l’ouverture du Musée Soulages à Rodez, prévue pour 2012, où  les inconditionnels de  « l’oeuvre au noir » de Pierre Soulages, peuvent-ils contempler les toiles ? Au Musée Fabre, à Montpellier, dans l’aile récemment construite, qui présente de nombreuses toiles, soit offertes par ce talentueux  natif de la région, soit mises en dépôt. Au dernier étage, en lumière naturelle, totalement isolé du monde extérieur grâce à ces étranges baies vitrées opaques, quasiment seule, j’ai vécu un grand moment de béatitude !

Salle Pierre Soulages, Musée Fabre

Pour moi, cette lumière surgissant des sillons creusés avec divers outils dans le goudron ou  la peinture à l’huile noire, a une dimension spirituelle, symbolisant la lumière née du chaos de la Genèse par la volonté d’une entité transcendentale, peut-être Dieu ! J’ai aussi beaucoup aimé les petites toiles des années cinquante et soixante, celles rappelant les oeuvres de Hans Hartung, avec un motif gestuel, tracé  au brou de noix sur fond beige jaune, motifs à forme géométrique bleus,  rouges…

P. Soulages, années 60

J’adore ce petit tableau ! Ces voiles de bateau nous invitent à une évasion sensuelle . Ne trouvez-vous pas ?
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Musée Fabre, Montpellier : Sauve qui peut ! Daniel Buren est partout !

D. Buren, La Portée, 2007, Musée Fabre

 Vivant à Lyon et à Paris, j’ai l’habitude des espaces urains conçus par Buren. Quelle ne fut pas ma surprise de retrouver  à Montpellier les fameuses bandes blanches alternées ! Pas de doute possible, l’entrée du Musée Fabre est signée Daniel Buren ! Je vous montre ici la photo officielle, mais sachez qu’on ne voit jamais l’oeuvre ainsi car on arrive à pied, pas en hélicoptère ! Et puis, l’oeuvre s’est patinée, ce qui n’est pas plus mal, et il y a toujours des passants dans la journée. Franchement, je n’ai pas réalisé  qu’il s’agit d’une enfilade de  cinq carrés, guidant le visiteur de l’esplanade vers l’entrée du musée et les oeuvres. C’est seulement à la lecture de cet article trouvé sur ot-montpellier.fr que j’ai compris. Je ne me suis pas  sentie « transportée » par l’oeuvre, mais agressée en pénétrant  dans  le vestibule.   

DD. Buren, La Portée, 2007, Musée Fabre

 Comme vous pouvez le voir sur la photo, les angles du losange, formé de bandes  blanches de 8,7 cm de  large  remontent sur les parois latérales  rouge sang ; la porte menant au hall s’insère dans une cloison  étroite couleur violette qui jure avec le rouge. A vous faire rebrousser chemin ! Enfin, je suis entrée quand  même, et… deuxième choc : C’est si sombre ! Le sol du hall est noir, les murs immenses, couleur gris béton satiné. Je n’ai pas remarqué le dernier carré de La Portée qui, parraît-il, mène aux salles d’expositions en s’estompant. J’ai plutôt eu l’impression d’entrer dans le tombeau d’un pharaon ! C’est sinistre ! Je plains les personnes qui y travaillent. Ayant demandé au caissier si ça ne lui pesait pas sur le moral, il a répondu : « oh si ! c’est sombre ! » Je trouve que cette oeuvre est « râtée ». Et pourtant, j’aime beaucoup  Les deux Plateaux de 1986 au Palais Royal 

D. Buren, Les deux Plateaux, 1986, Paris

à Paris et  apprécie que l’oeuvre ait été restaurée, un peu choquée tout de même par le coût de l’opération, comme on peut le lire dans Gatsby Magazine. La cour aménagée par Daniel Buren  s’harmonise avec la Galerie d’Orléans et s’offre au public pour flâner, s’asseoir sur les colonnes tronquées et bavarder…Bref, une vraie réussite d’installation artistique en espace urbain ! J’aime bien aussi la Place des Terreaux à Lyon, réaménagée par Christian Drevet et Daniel Buren en 1994. Les bandes blanches de 8, 7 centimètres de large structurent la surface en s’entrecoisant et rythment l’espace pour mettre en valeur le Palais Saint-Pierre – Musée des Beaux-Arts -, l’Hotel de Ville et la Fontaine Bartoldi. Les petits jets d’eau sortant du sol, l’été, de manière  aléatoire, amusent les enfants et les animaux qui viennnent y boirent. Hélas les mini-fontaines sont hors-service depuis deux ans ! A Lyon encore, on peut admirer Sens dessus-dessous de 1994, créé par le plasticien en collaboration avec Jean-Michel Willemotte et Michel Targe, Place des Célestins. Devant le théâtre, grâce à un périscope inversé, on visualise le système hélicoïdal du parking en sous-sol, avec une illusion de mouvement. Je ne vous montre pas de photos ; il faut venir voir !! En attendant, si vous regardez le site internet de Daniel Buren, très bien fait, vous découvrirez l’immense imagination de cet artiste, qui ne fait pas que des bandes blanches, mais d’autres formes géométriques aux couleurs vives. Bon, me voilà réconciliée avec Buren.  Il est humain  et ne réussit pas tout !

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