La Biennale de Lyon à la Sucrière : pas toujours plaisant mais parfois intéressant !

Fabrice Hyber, Prototype de Paradis, 2013

Fabrice Hyber, Prototype de Paradis, 2013

Le thème de la douzième biennale d’art contemporain de Lyon, la narration, justifie sûrement le grand nombre de vidéos exposées cette année. A l’entrée, Thousend Islands, 2013, de Ian Cheng,  m’a fascinée ; c’est un ordinateur qui raconte une histoire infinie.… Des arbres, des plantes, des dinosaures, des dauphins, des cigognes, aux couleurs irréelles, évoluent selon des algorithmes. C’est très beau ! Je serais bien restée devant, mais vu l’immensité des lieux d’exposition, il faut avancer.

Certaines vidéos n’ont pas attiré mon regard. Au premier étage je n’ai pas compris l’intérêt de l’œuvre   d’Ed Atkins, assez grossière, intitulée Even Pricks (même les têtes de con). Je l’ai trouvée très moche ! Imaginez un pouce pointé en l’air un peu comme un sexe masculin, mais avec une petite touffe de poils au bout !!! Le sujet en est, paraît-il, la dépression ! Je me demande si c’est une œuvre d’art ?

Au deuxième, je suis restée longtemps devant Me in Me du singapourien Ming Wong. L’artiste explore les théories du genre, entremêlant trois récits situés à différentes époques. Travesti, il rejoue des scènes  de séduction féminines tirées de  grands classiques du cinéma japonais. Mais, simultanément, on le voit jouer aussi le rôle masculin. Perturbant !

Plusieurs artistes ont été inspirés par le phénomène des divertissements numériques (jeux vidéos) – Tabor Robak  -, des réseaux sociaux et des « peoples » -Ed Forniels – qui transforment notre vie.  Pourtant, l’installation d’Ed Forniels, Maybe New Friends (Britney Rivers) – en référence à Britney Speers – m’a choquée : tant de sexes géants en silicone dressés ! Était-ce nécessaire pour présenter l’interaction des réalités en ligne et hors ligne ? Au lieu de dénoncer la banalisation de l’exhibitionnisme, on dirait qu’il en fait l’apologie.

L’espace de la sucrière se prête également à  de multiples installations d’envergure :

Dan Colen, Silhouette Wall Cuts, 2013

Dan Colen, Silhouette Wall Cuts, 2013

Dan Colen , dès l’accueil, nous projette dans une histoire de course-poursuite qui s’est mal terminée ; les personnages gisent au sol, l’artiste nu -sculpture hyperréaliste -, Kool-Aid Guy  et les personnages de dessins animés  Vil Coyote et Roger Rabbit- en traversant les murs, ils y laissent la découpe de leur silhouette -. La scène est drôle, et, à travers les ouvertures, on aperçoit des œuvres d’art et des visiteurs !

 

Gabriela Fridricksdottir,Crepusculum Sculpture, 2011

Gabriela Fridricksdottir,Crepusculum Sculpture, 2011

Au deuxième étage, l’installation Crepusculum Sculpture de Gabriela Fridriksdottir m’a totalement charmée ! Ces bouteilles en verre soufflé échouées sur  le sable, cette sorte de kiosque en forme de citrouille dorée et la lumière tamisée  sont très poétiques.

Comme d’habitude, je n’ai rien compris à l’installation de Fabrice Hyber, Prototype de Paradis, 2013 (voir la photo tout en haut du billet), mais c’est joli. Quelqu’un pourrait-il m’expliquer le travail de cet artiste reconnu ? J’y suis pour l’instant hermétique !

 

Il y a peu de peintures dans cette biennale probablement parce que ce médium se prête moins à la narration que vidéos et installations. Néanmoins, Thiago Martins de Melo, raconte l’histoire violente de son pays, le Brésil, par une superposition de motifs peints qui saturent l’espace du tableau. Un jeune artiste prometteur !

Et quel plaisir de retrouver deux immenses tableaux d’Erro, illustre peintre de la Figuration narrative ! For Pol Pot, de 1993, se référe à l’histoire tragique du Cambodge, et God bless Bagdad, 2003-2005, à la guerre d’Irak…. non sans humour noir ! A ne pas manquer !

Je garde pour la fin, l’œuvre qui m’a probablement le plus passionnée : l’installation The Physique of Consciousness Museum, de MadeIn Company, collectif fondé à  Shanghai par Xu Zhen, dont je n’avais pas entendu parler depuis longtemps. Occupant toute une salle du rez-de-chaussée l’artiste a répertorié les plus beaux gestes qui incarnent les croyances et les émotions de l’humanité à travers le temps et l’espace. Dans chacune des vitrines, dédiée à un geste, le collectif regroupe de petites photos – comme dans un musée ethnographique – de sculptures de divinités, de sportifs, d’hommes politiques, plus une photo de Xu Zhen lui-même, accomplissant ce geste. Selon la civilisation, l’époque et le lieu, il n’a pas la même signification ! En contemplant avec attention ces vitrines, j’ai eu l’impression de « saisir l’esprit du monde » !

Je vous conseille de sortir par le Café de la Biennale que Xu Zhen a également investi avec Movement field, une sorte de jardin japonais pas zen du tout car le dessin des plantations reproduit sur les murs évoque des manifestations et émeutes historiques.

En conclusion, une biennale vraiment internationale qui a le mérite d’exposer de jeunes artistes. Parmi la  profusion de vidéos et d’installations, certaines œuvres sont très  intéressantes. Fidèle de cette biennale depuis quatorze ans, j’ai pu constater le fabuleux parcours de certains artistes que j’y ai découvert, comme Wang Du, à la biennale de Lyon en 2005.

À propos de Françoise Delaire

historienne de l'art
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