expo De l’Allemagne au Louvre Paris : une polémique justifiée, mais…

Il est dommage que l’exposition De l’Allemagne ( 1800-1936), de Friedrich à Beckman, montée afin de célébrer le cinquantenaire du Traité de l’Elysée  scellant l’amitié franco-allemande, crée une telle polémique. Pendant la visite,  enthousiasmée par la qualité d’ oeuvres picturales rarement montrées en France, je n’ai pas été attentive au fil conducteur de l’expo. J’ai juste remarqué des lacunes regrettables concernant  les mouvements artistiques d’avant-garde tels Le Cavalier Bleu, Le Bauhaus, Le Pont (Die Brücke) et ressenti un certain malaise. J’en ai compris la cause à la lecture de l’article de Patrick Saint-Paul dans le Figaro. Le moins qu’on puisse dire est que le propos est maladroit et réducteur. Les commissaires  Sébastien Allard et Danièle Cohn insistent  trop sur la tendance sombre, torturée et dangereuse de la culture allemande ; on a ainsi l’impression que l’évolution de l’art allemand mène inéluctablement au National Socialisme.  De part et d’autre du Rhin, manque de nuances,malentendus, susceptibilité.. contexte politique en toile de fond. On en oublie la peinture !

Le titre de l’expo, inspiré de l’essai éponyme de Madame de Staël, paru en 1814    sous-entend que  l’unité et l’identité allemande posent question -après la dissolution du Saint Empire romain germanique et les conquêtes napoléoniennes, le pays a été unifié seulement en 1871 -. Pendant un long voyage  outre-Rhin, Germaine de Stël a rencontré les écrivains Schiller et Goethe et a été témoin du bouillonnement intellectuel de cette époque.

L’exposition du Louvre illustre par des oeuvres plastiques les tentatives de recherche de l’identité allemande au cours du XIXème siècle. L’article d’Isabelle Manca, Le Génie allemand de Dürer à Kiefer,  dans le magazine L’oeil d’avril 2013 explicite parfaitement ce parcours. Préoccupons nous à présent des oeuvres plastiques mêmes !

Je trouve les tableaux des artistes nazaréens  très laids : sous prétexte de transmettre

Julius Schnorr von Carolsfeld, Vierge à l'Enfant, 1820

Julius Schnorr von Carolsfeld, Vierge à l’Enfant, 1820

un messsage moral, Ils copient des    Madones de Raphaël,des Annonciations, mais les couleurs, surtout les bleus et les rouges, sont trop franches, froides, les chairs sont grises, les postures rigides. lls dénaturent la Renaissance italienne  !

Je n’arrive pas  à apprécier les huiles sur toiles d’Arnold Böcklin (1827-1901). C’est grossier, dyonisiaque fin de bacchanales ! Les corps sont « mastoques », presque déformés, les couleurs criardes, les scènes brutales… En revanche cette esthétique assez moderne annonce celle de l’expressionnisme allemand de l’entre-deux-querres, hélas si peu présent dans l’exposition. Mais la laideur volontaire des oeuvres de ce courant pictural a pour but de dénoncer le conformisme  social et l’horreur suscitée par la guerre.

Je n’aime pas non plus les traditionnels fades « paysages romantiques avec ruines » , ni les huiles sur toile de Carl Gustsav Carus  (1789-1869) représentant des montagnes ou des forêts – berceaux de la mythologie germanique -,mais ne présentant aucun intérêt. Autant faire des photographies !

 

Caspar David Friedrich, Femme au soleil levant, 1818

Caspar David Friedrich, Femme au soleil levant, 1818

En revanche, le Louvre a le mérite d’exposer d’exceptionnels paysages peints par Caspar David Friedrich (1774-1840). Ils valent vraiment la visite ! l’artiste ne se contente pas de peindre la nature ; il  exprime plus un sentiment existentialiste de l’homme, minuscule et solitaire  dans  un environnement naturel sublimé . Les ciels fabuleux emplissent notre oeil de couleur et de lumière ; ils me rappellent les ciels du britanique William Turner (1775-1861).

Lectrice assidue des oeuvres de Johann Wolfgang Goethe (1749-1832),   j’ai adoré découvrir les pages de son herbier, les végétaux séchés  bien conservés, et ses poèmes manuscrits illustrés par lui-même à la gouache ! Je ne lui connaissait pas en plus ce talent ! Les commissaires Sébastien Allard et Danièle Cohn accordent une place très importante à cette figure des Lumières, adoptant une attitude d’artiste savant. On peut également étudier – ou essayer de comprendre – les dessins de cercles colorés illustrant son ouvrage sur la Théorie des couleurs.

 

 

À propos de Françoise Delaire

historienne de l'art
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