Réinstallations de François Morellet au Centre Pompidou : Quand géométrie et hasard riment avec humour et poésie !

Néons by accident, 2003

  Je ne comprends pas la réprobation du blogueur Osskoor et admire, au contraire, Alfred Pacquement et Serge Lemoine d’avoir su garder dans l’expo du Centre Pompidou la légèreté, l’humour et la poésie  des réinstallations de François Morellet, 85 printemps ! En s’adaptant aux contraintes du lieu, l’artiste réactive des installations  datant des années soixante à nos jours. Dans la pratique de cette abstraction géométrique à partir de matériaux empruntés aux BTP et à la publicité, les néons colorés, le plasticien tient ses affects à distance et crée des oeuvres vides de tout message. Padoxalement ( ?), elles    

Pi Rococo n° 22, 1 = 10°, 1997-2008

éveillent  les émotions du spectateur ! – en tous cas les miennes -Peut-être à cause du halo baignant les arcs en tubes de néon et se reflétant au sol ? Regardez cette suite de boucles bleues qui évolue en descendant et en se contractant ! ça ne vous rappelle pas vos petits dessins tracés en écoutant le prof d’une oreille distraite, ou en apprenant sérieusement vos leçons ? François Morellet invente des systèmes absurdement logiques, qui ne servent à rien, mais qui râvissent le regard et l’âme ! Interrogé par Emmanuelle Lequeux poour Beaux Arts Magazine n° 322 d’avril, François Morellet reste modeste « Moi je trouvais que le néon faisait un grand spectacle chic et pas cher. »

 Mais la poésie et la beauté n’excluent pas l’humour et la provocation : La Joconde déformée de 1964 a été réinstallée. Le chef d’oeuvre de Leonard de Vinci est imprimé sur un drap agité par un courant d’air. Résultat : Elle est encore plus « moche » qu’au Louvre, et tellement drôle ! Elle ne cesse de « grimacer » !

Je vous recommande Reflets dans l’eau déformés par le spectateur de 1964. on peut créer « ses propres Morellet » et prendre des photos ! Quand l’art se démocratise ! En actionnant un levier, on fait naître des rides à la surface de l’eau, dans un bassin carré ; une grille constituée de trois lignes verticales et trois lignes horizontales en néon, fixée au plafond, se reflète en formes changeantes. Voilà ce que j’ai fait : 

Reflets dans l’eau déformés par F. Delaire, avril 2011, grâce au dispositif de F. Morellet

F. Delaire d'après le dispositif de F. Morellet, avril 2011

 

                                                                                                                                                  
Picasso défiguré (Les Demoiselles d’Avignon), 2011

  J’ai encore bien ri au spectacle de Picasso défiguré (Les Demoiselles d’Avignon) de 2011.  L’artiste  s’amuse à désacraliser les chef d’oeuvres, du XXème, comme du XVIème siècle. En comparant avec la reproduction du tableau de 1907, on reconnaît chaque personnage debout réduit à la forme d’un rectangle. Finalement, une  réinterprétation juste un peu radicale de l’oeuvre fondatrice du cubisme !

 En revanche, je n’ai pas compris ni apprécié Papier 2,5° – 92,5°, trou (carré) 0°- 90° de 1982. Heureusement, Lunettes Rouges l’a bien expliqué ! Ne manquez pas cette exposition d’art contemporain, rafraîchissante et amusante, visible jusqu’au 4 juillet 2011. N’oubliez pas, l’art de l’installation est éphémère 

En plus, François Morellet a l’infinie délicatesse de nous laisser libres : « L’art commence tout simplement quand un spectateur décrète que cela en est ; quand on est seul à créer, ce n’est pas encore de l’art. »Cette phrase en satisfera plus d’un parmi ceux qui se sentent exclus de l’art contemporain !  

À propos de Françoise Delaire

historienne de l'art
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2 réponses à Réinstallations de François Morellet au Centre Pompidou : Quand géométrie et hasard riment avec humour et poésie !

  1. maxence dit :

    Si vous ne comprenez pas la « réprobation » de mon commentaire sur cette expo, c’est probablement que j’avais été tellement impressionné par l’expo Morellet à Angers que celle du CP me parait à coté tellement fade et scolaire.
    Je partage ce que vous dites sur Morellet, le seul problème est que pour moi l’humour et l’intelligence de l’artiste sont totalement anesthésiés par le dispositif scénographique du CP.
    C’est aussi là toute la différence une la critique d’art et la critique d »exposition. Une critique d’exposition doit tenir compte des conditions particulières d’expo, de leur contexte, de leur rapport avec les précédentes présentations… alors que la critique d’art peut passer outre cela pour ne s’intéresser qu’à l’oeuvre ou aux oeuvres prises de manière autonomes par rapport à leur accrochage.

    • Mes commentaires concernent les oeuvres de François Morellet et la façon dont elles sont présentées. Je ne trouve vraiment pas le dispositif scenographique face et scolaire ; i les réinstallations de l’artiste restent impressionnantes.
      Pourriez-vous me donner des détails sur l’expo d’Anger que je n’ai pas vue ? Quelles étaient les oeuvres montrées ? En quoi était-ce exceptionnel ?
      Merci pour votre réponse.
      N’empêche, je recommande vivement la visite de cette exposition de qualité !

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