Yue Minjun à la Fondation Cartier : l’ombre du fou rire. Intéressant !

Yue Minjun devant une oeuvre (Personnalisé)Yue Minjun, né en 1962 dans une province chinoise, travaille dans un communauté d’artistes près de Pékin.  La Fondation Cartier  a rassemblé 40 oeuvres pertinantes, de différentes période,s à partir de collections du monde entier, et présente cette première rétrospective européenne de l’artiste jusqu’au 24 mars 2013. – L’expo a été prolongée d’une semaine –

Yue Minjun pose ici devant une des toiles représentative de son style dit  » réaliste satirique », un autoportrait rose vif, éclatant de rire : Ha ! Ha ! Ha ! Cette  bouche démesurée, noire, au nombre invraissemblable de dents parfaitement allignées, rit si fort que ça devient  absurde, dégoutant, insupportable ! ça n’est pas beau ! C’est même de très « mauvais goût. Le visage, d’une couleur criarde, devient un masque de cire crispé.  Effrayant ! On apprécie le titre de l’expo  » L’ombre du fou rire « .

A partir des années quatre-vingt-dix,

l’artiste ne représente aucun autre visage

yue Minjun, I am a dragon -3, 2008

yue Minjun, I am a dragon -3, 2008

que le sien, dans différents contextes.

Regardez Jue Minjun en dragon ! Ne pensez-vous pas à un animal hybride, mi- dragon chinois, mi-dinausaure sorti de Jurassic Park !Dans une interview sur le site de la Fondation Cartier, – en  même temps on peut visiter virtuellement l’expo – l’artiste explique comment il se moque  de la folie de la Chine contemporaine. On est tellement joyeux que ça fait mal ! Il  pointe le malaise de la société chinoise, l’identité hybride,  le conflit entre le collectif et l’individuel, le libéralisme économique en territoire non démocratique, la censure…

Le travail de l’artiste est plus  varié qu’il n’y parraît au premier abord. Vous pourrez découvrir des photographies de Jue Minjun par  lui-même, en slip, se contorsionnant et grimaçant, jouant le personnage « tordu de rire » et hyper-contracté qu’il a créé.

Dans une autre série, il peint à l’identique des images célèbres du réalisme socialiste : The founding ceremony of the Nation, 1953, du peintre Dong Xiwen ; on retrouve toute l’iconographie maoïste des affiches de cette époque.

Yue Minjun, Sky, 1997, coll. privée, Europe (Personnalisé) Certaines oeuvres sont plus poétiques : dans Sky, 1997, Jue Minjun « chevauche les grues » volant vers l’ouest. Les 6 clones de l’artiste arborent des expressions  toutes différentes : curiosité, bonheur, plaisir, éblouissement , fatigue, prière, toujours avec le même rire sarcastique. C’est très fort ! Dans l’interview, il raconte avoir peint ce tableau à l’occasion du décès de son père, pour lui dire bye bye.

Jue Minjun appartient à cette génération d’artistes qui ont vécu l’ouverture de la Chine au monde occidental dans les années quatre-vingt, la promotion d’une avant-garde artistique chinoise par les autorités, puis.. la répression de Tien Anmen en 1989.

Depuis les années deux-mille, les oeuvres d’art contemporain chinois sont  intégrées au marché international de l’art, la place de Hong Kong est  en plein essor ; les prix atteignent des millions de dollars car des chinois  de plus en plus nombreux ont les moyens d’acheter et privilégient les artistes nationaux. On est loin de « l’art au seul service du peuple » !

À propos de Françoise Delaire

historienne de l'art
Ce contenu a été publié dans Art Contemporain, peinture, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *